dimanche 11 avril, 8h, 5°

Ciel sombre et important, pluie fine et régulière sur un paysage brumeux et embué. Il me vient à l’esprit un être immense dont on ne verrait que les pieds et une partie des jambes, son corps absorbé par la voûte nuageuse.
9h, voix sèche au téléphone, mon rendez-vous du dimanche…
Un fin liseré clair et onctueux commence à délimiter au sud la masse de nuages toujours très compacte.
Assis devant la fenêtre, lumière du nord, je crayonne sur une enveloppe une coupe celte à tête de lévrier, copiée dans un ancien numéro du Chasseur Français, que je dispose sur un oreiller de limbes de crayons à gauche d’un rouge-gorge.
15h, je dicte à Sylvain le texte de la veille au téléphone.
Lac de Courtille, elle arrive en retard. Frêle silhouette cintrée dans un pardessus beige.
Les berges du lac sont humides, je lui propose de nous asseoir en hauteur, sur le terre-plein bordé de cerisiers en fleurs, d’une retenue d’eau en surplomb du lac.
Après avoir délimité l’aire de la performance, je m’assois sur mon ciré jaune ; elle, à quelques pas, debout sous un parapluie.
Quelques nuages passent.
Subitement, elle replie son ombrelle et d’un pas rapide rejoint un chemin qui mène à la route en contrebas.
Me crie au loin des mots inaudibles.
Je reste seul, assis un long moment.
Faibles rafales de vent accompagnées de pétales blancs.
Il y a dans l’air une présence d’ambre, ancienne héroïne (sans doute) d’une autre guerre des mondes.
Bien au-delà des nuages, le géant est hilare.

Thomas Lanfranchi
Cube de nuages
, Guéret