mardi 13 avril 7 h 20, -2°

Ciel vide, en attente, resplendissant de clarté, assoupli par une ligne continue de collines grises relevées de notes bleues. Fenêtre ouverte, je guette…
Chaleur du soleil levant sur le visage et les mains.
Dans un jeu d’ombres portées, le paysage diurne reprend peu à peu son espace.
                          
Plusieurs dessins en cours. Passe une partie de la matinée à choisir des images dans un magazine de pêche en rivière. La notion de goût est certainement un piège insondable, qui n’a de cesse de me pousser dans l’oubliette des catégories.
L’Indifférent de Watteau, tourne sur mes découpages.
Jaune.
Salade de pissenlits : cueillir de jeunes pissenlits encore en corbeille, les laver, les couper. Servir disposées sur des pommes de terre encore tièdes, accompagnées d’œufs durs.
Assaisonner à votre goût.
Birche ma grand-mère maternelle disait qu’en avril, c’était bon pour le sang.

11 h du soir, lieu dit Braconne, ciel sombre, nouvelle lune pas encore levée. Plein centre, le chariot est en partie caché par un petit groupe de nuages pommelés.
Malgré l’obscurité, sans bruit, je prends le temps de bien réaliser le carré/base au sol.
Un promeneur du soir passe avec son chien, assis immobile, le souffle descend.
Sens dans les genoux et les reins la racine du sol, la plume du ciel dans la nuque.
Abysse.
Posée au-dessus de l’horizon, en ligne basse de la Petite Ourse, l’étoile Polaire brille d’un feu pâle.
Feulement d’un hibou sur ma droite.
Dans son habit de satin, bras ouverts, L’Indifférent s’élance.

Thomas Lanfranchi
Cube de nuages
, Guéret