samedi 24, 6 h 30, peut-être 7°

Nuage solitaire, léger comme un moineau avec un cœur d’alouette.
Thermo de thé chaud, départ pour le pré de braconne.
En sortant, croise un jeune chat écaille de tortue qui passe en ronronnant. Rue vide comme le ciel.
Sous un chêne, courte gymnastique, prends un thé en écoutant le paysage.
Je constate l’arrivée de feuilles grises et duveteuses sur la partie sud de sa ramure, l’est et le nord ne sont encore que bourgeons.
Discret pointillé d’arbres aux faîtages, un rossignol commence à chanter.
Ce dandy mélomane de la haie me ferait-il concurrence ?
Clair et sonore, son chant met le carré de la terre dans le cercle du ciel.

9 h. Pars au marché avec un détour par le jardin des communs, quartier Maindigour.
M’assois parmi les pissenlits en fleur. À ma gauche, un bac planté de bourraches et de consoudes.
Vrombissement d’un bourdon roux.
Ombre portée, un geai se pose au moment où je commence la lecture du bal des maudits.
À l’entracte, petites piérides blanches avec une tache orange vif en bout d’aile, intrados cuivré dessiné en carte géographique.
Arrivée de Jérémy Vidal, maître des lieux. Sur ses conseils dans la pénombre de la ripisylve qui couvre le bord du ruisseau, je découvre une veine mauve de clandestines…
Pénitente fleurie, évadée du crépuscule, elle a une odeur de mousse et une substance de jacinthe. Ses formations nuageuses se plaisent parmi les ficaires et les fougères, leurs teintes mauves comme un lierre de l’esprit.
Le soir, en chemin du lieu-dit braconne, pivoine de combat, odeur rose/poivre corolle expansée, multiple et généreuse. Commence à dicter par téléphone mon texte de la veille à Sylvain.
Lune de sud/est haut perchée, blanche et magnétique,
figure de cire de la nuit.
La lune c’est l’Atlantide en banlieue de la terre,
l’enthousiasme clandestin, de ce mois d’avril mauve.

Thomas Lanfranchi
Cube de nuages
, Guéret

un projet soutenu par le réseau ASTRE
arts plastiques & visuels en Nouvelle-Aquitaine