Paysage(s) de Guéret

Climats Artistiques met en relation des espaces publics et des œuvres d’art accessibles dans la même aire de proximité

Nous invitons les habitants, les artistes et les institutions à mettre en récit les liens que chacun tisse avec le paysage.
Cette exploration sollicite les compétences de tous, active les mémoires et instruit notre regard sur l’environnement d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Les artistes Thomas Lanfranchi en 2021, Pauline Hégaret en 2021 et 2022, Sylvain Soussan et le musée des nuages créent des œuvres originales sur un parcours exploratoire commencé en 2019 dans le tiers-lieu La Quincaillerie (numérique).

Le cours de cette histoire prend son origine dans un tableau conservé au musée d’art et d’archéologie…


Paysage de Guéret, peinture d'Auguste Leloir XIXe s.
Auguste Leloir, Paysage de Rochefort, Guéret XIXe siècle,
collection du musée d’art et d’archéologie de Guéret
Guéret, préfecture de la Creuse

Nous avons également le plaisir d’être accompagnés par des étudiants et des enseignants.
Ceux du campus de Guéret, qui organisent avec nous la première édition de ces itinéraires conviviaux ;
Les A1 de l’ENSA, École nationale d’art de Limoges, qui exposent dans les rues, jardins et places de la ville leurs recherches sur le paysage de Guéret, tel qu’ils l’ont perçu depuis leur atelier, pendant les périodes de confinement ;
Les élèves de l’école Cerclier-Guéry, qui accueille Sylvain Soussan pour une série d’ateliers, afin que les élèves jouent avec les caprices du temps, dans le paysage familier de leur ville.

Quelques mots par l’auteur du projet :

Rien n’est jamais parfaitement statique, mais il faut parfois beaucoup de temps pour s’en rendre compte

En parcourant les collections de la ville de Guéret, je me suis demandé quelles œuvres pouvaient représenter un paysage situé dans l’immédiate proximité du musée.
Un tableau intitulé Paysage de Rochefort, Guéret (XIXe siècle) a retenu mon attention :
un arbre s’élance sous la caresse du vent, les nuages cèdent leur place à une trouée bleu pâle, une roche a été relevée au pied d’un talus… Tout semble animé d’un mouvement imperceptible.
Complice et obstinée, la nature accompagne le peintre aux abords de la ville. À moins que ce ne soit l’inverse : la poussière d’un sentier, des toitures disséminées dans le lointain annoncent la présence humaine. La cité avance.

Après le prochain virage, quelques maisons guideront nos pas vers le pavé des rues.

Par endroits, la soie du pinceau n’a pas gommé le grain de la toile.

Un peu de l’atmosphère qu’a respiré Auguste Leloir, filtre encore à travers la fibre nue.
Promeneur immobile et contemplatif devant ce paysage où s’est arrêté le peintre, je foule du regard un climat de Guéret.

Sortir du musée pour entrer dans le paysage

Sortant du musée, je suis parti en excursion dans le paysage que je venais de quitter des yeux.
J’ai arpenté le Guéret d’aujourd’hui. Je n’étais pas en quête de souvenirs d’enfance, je ne revenais pas sur les traces de promesses oubliées. Je n’avais jamais habité cette ville. Pas d’attache, pas de famille, pas de légende.
Étranger à la Creuse, j’ai tenté une forme d’exotisme de proximité en montant dans un train au petit matin.
Artiste à peine sorti du bassin parisien, j’ai demandé mon chemin, j’ai fait des connaissances. J’ai écouté la pulsation tranquille de cette petite préfecture où s’affairent ceux qui font le paysage d’aujourd’hui.

Sans céder aux sirènes du passé prestigieux qui conduisit les premiers impressionnistes au confluent de la Creuse et de la Sédelle, pour peindre en pleine nature, je ne me suis pas arrêté à Crozant, où descendirent quelques célébrités de l’histoire de l’art.
J’ai tiré mes valises jusqu’aux trottoirs d’une cité minérale où s’aventurent des biches, près du terrain de sport.
J’ai parcouru une ville. Avec ses zones commerciales, ses rues pavillonnaires, ses grands ensembles, ses quartiers endormis.

Comment s’accoutume-t-on à un paysage ?
Pour regarder, il faut accommoder, ajuster le regard. Les impressions s’assemblent progressivement. Nous nous acclimatons.
À force de passages, nous décelons des formes, là où notre vision butait.
Pour voir, il faut connaître, savoir attendre qu’une image se forme.

Une toile est la mémoire d’un temps passé à peindre. La trace d’instants rapides comme des coups de brosse, furtifs, comme des empreintes sur un sentier.
C’est une surface sensible, très sensible.

Un exotisme de proximité

J’ai d’abord cru à une erreur sur le titre, mais le tableau « Paysage de Rochefort » doit son nom à un quartier de Guéret.
Je me suis rendu place de Rochefort, je suis monté vers Champegaud, j’ai bouclé par Grancher, j’ai pris la rue Montauciel pour trouver une position de surplomb qui embrasse les lointains. J’ai cherché le point de vue du peintre.

Je ne peux être parfaitement certain d’avoir trouvé l’endroit précis où Auguste Leloir aurait pu poser son chevalet.
Il s’est pourtant installé quelque part pour profiter de ces moments précieux où l’on observe de tous ses sens. Quand l’air frais vous fige les doigts, que les oiseaux pépient et qu’un fumet s’échappe d’un hameau pour jouer avec vos narines.

Se promener dans un paysage, c’est aussi voyager dans le temps. C’est faire de l’histoire locale, de la microgéographie. C’est se souvenir que rien n’est parfaitement statique. Le bouleversement des environnements ; la disparition des maisons ; la croissance des arbres qui oblitèrent la vue ; les quartiers aménagés ; les foirails désertés par les troupeaux d’hier. L’abreuvoir où les chevaux s’arrêtaient est devenu un parking où le relent des moteurs chauds marque l’espace comme une vapeur d’encens sur un fumet de crottin.
Quelle sera l’odeur de la transparence de l’air, demain ?

Une peinture ne peut pas tout montrer et ne saurait être tout à fait exacte. Il est possible que ce Paysage de Rochefort ne ressemble pas à Guéret. On y reconnait pourtant le bâtiment de l’ancienne École Normale d’instituteurs.
Un pan de l’édifice est découpé par le bord de la toile.
Comme dans une photographie, tout n’a pas pu rentrer dans le cadre. À l’arrière-plan, un sommet monte à l’horizon. Il est exagérément pointu. Depuis cette hauteur de la ville, où j’ai pu estimer le point de vue de l’artiste, il n’y a pas de mont aussi proche dans cette direction. Je n’en ferai pas une montagne.
Les reliefs s’estompent toujours avec le temps.
Peut-être que si Auguste Leloir a pris la liberté de souffler sur les nuages, c’est pour les rendre plus présentables.

Paysage-de-Gueret

L’enquête continue et ce sera peut-être vous qui nous montrerez le point de vue du peintre.

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