chemins des nuages

à l’attention des étudiant.es de la Cité du Design Raymond Loewy

Climats artistiques vous propose de participer au projet Chemins des nuages.

Chemins des nuages est une excursion urbaine.
À chaque halte, un animateur utilisera un dispositif de médiation différent, afin d’inviter ses interlocuteurs à apprécier les variations du bain atmosphérique qui nous enveloppe.

Nous vous proposons de concevoir des dispositifs légers, aisément transportables de ville en ville, de gare en gare (par exemple un violoncelle n’est pas accepté par la SNCF).

Chaque dispositif de médiation nous mettra en contact avec une dimension spécifique de ce que nous appelons le ciel.

Vous concevrez des supports matériels afin qu’un animateur puisse les utiliser pour engager différents modes de communication avec un public restreint.

Potentiellement :

– l’ « exposé » ;
– le commentaire ;
– la manipulation ;
– le jeu ;
– le « rituel »…

Pour aller plus loin…

Notions : en suivant ce lien vous aurez un supplément d’information sur les nuages. 

Inspiration : des liens, une documentation au fil de l’air.

Dispositifs : des pistes pour des dispositifs nébuleux.


Un projet entre Terre et Cloud

Les nuages sont un bien commun, mais le cloud est un espace privatisé et marchandisé.

Quelles sont les relations entre le ciel et le cloud  ?
Nos déplacements dans l’espace terrestre, comme notre navigation dans le monde virtuel, stockent tous les deux du carbone dans le ciel.

La connaissance des nuages a évolué graduellement grâce au progrès technique : photographie, aviation, satellites. Aujourd’hui, des initiatives privées, comme la Cloud Appreciation Society, réussissent à se faire entendre auprès de l’Organisation météorologique mondiale, en réunissant des images du ciel parvenant du monde entier, par l’entremise des réseaux sociaux et de la photographie numérique.

La connaissance des nuages s’étend donc aussi grâce au cloud, cet espace dont les limites sont tout aussi vastes et indéfinies que celles du ciel lui-même.

L’analogie entre espace céleste et dématérialisation dans le cloud entretient l’illusion que le ciel, comme l’espace numérique, sont des entités virtuelles.

Or, le réchauffement climatique indique que le ciel est un commun délaissé, pendant que le cloud est en passe de devenir une extension artificielle de l’être humain. Ces deux entités n’ont rien de virtuel.

Le vocabulaire et les symboles utilisés par l’économie digitale empruntent à l’air ses qualités. Ils entretiennent l’idée que la transparence de l’air, sur lequel reposent les nuages, est du même ordre que l’invisibilité des structures qui donnent accès aux services du web.

Cette similarité est avancée comme preuve que notre ignorance des opérations sous-jacentes qui s’exécutent dans le nuages, témoigne du fonctionnement optimal du système. Car, si nous accédons et partageons de la donnée de façon intuitive et même à notre insu, alors la vie en ligne se confond sans heurts avec notre ligne de vie.

Notre contribution au cloud est d’autant plus efficace qu’elle est rendue « naturelle », simple et indispensable comme l’air que l’on respire.

Certes, l’immatériel des idées, des spiritualités et des rêves qui siègent dans les nuées, partagent avec le cloud des contours flous et une part indiscernable ; mais toute ressemblance pourrait s’arrêter là. La dépendance des réseaux envers les ressources de la biosphère est avérée.

Du fond des océans où circulent les câbles intercontinentaux, aux limites de l’exosphère où croisent les satellites, jusqu’à l’espace intime de nos vies privées, l’industrie du clic exploite toutes les strates de l’enveloppe terrestre, pour alimenter le puits sans fond de la mémoire du Cloud.

Notre propos est de rendre la notion de cloud un peu moins nébuleuse, en considérant le nuage numérique comme un territoire d’usages que nous sonderons au prisme de nos activités quotidiennes.

Nos vies sont progressivement numérisées. Les signaux analogiques, hier émis par la musique, l’image, l’écrit, l’imprimé… nos déplacements, nos gestes de consommation et même nos sentiments s’inscrivent aujourd’hui sous un régime numérique.

Le projet que nous développerons avec les étudiant.es est de faire écho aux racines analogiques de nos vies par des récits retraçant la façon dont nous empruntons quotidiennement le chemin des nuages par des allers-retours entre Terre et cloud.

Nous étudierons les usages que nous faisons du cloud.
Usages conscients et inconscients, volontaires ou non désirés, accessible ou entravés, pour mieux distinguer ce que l’on désigne comme la fracture numérique.


Notre projet considère qu’il existe aussi une fracture de l’imaginaire du numérique.

Nous serons conduits à sonder la fracture des représentations qui nous empêchent de considérer le réchauffement climatique au même titre que la matérialité du cloud.
Il s’agira aussi de rappeler que ces deux espaces traversés par les accès aériens ou empruntés par nos réseaux sont des communs. Que nous avons besoin d’en forger de nouvelles images, plus propices à les préserver.

Travailler des imaginaires pour inventer des pratiques.

Dans un premier temps, nous chercherons à nous représenter nos relations au cloud et aux nuages.
Le musée des nuages se posera comme un collecteur de récits et d’univers à partager. Il en ressortira des projets formalisant des dispositifs de médiation.

Dans un second temps, les étudiant.es concevrons des dispositifs de médiation pour partager ces nouvelles représentations sous plusieurs formes possibles :
– le protocole
– le plan, le mode d’assemblage en DIY (fais-le toi-même)
– la réalisation d’un objet

Ces trois modes de médiation seront utilisés, argumentés et documentés de façon à offrir une ergonomie intelligible et utilisable pour une action de médiation.

Chaque réalisation sera accompagnée d’une fiche, de façon à donner de la lisibilité à chaque proposition sur le site Climats Artistiques. Cette fiche sera aussi disponible sous la forme d’une affiche.

Les dispositifs seront activés au cours d’événements organisés par Climats Artistiques, sous la forme de parcours de visites en plein air.

Le FabNuage

Le FabNuage est un espace de dépôt d’objets potentiels (modèles pour imprimantes 3D, plans de pliage et d’assemblage, fichiers interprétables par des machines de découpe, brodeuses numériques, imprimantes). Ils permettent de réaliser des objets de médiation conçus pour le projet Chemins des nuages. Ainsi, le projet pourra s’étendre dans l’espace et dans le temps grâce à la réserve de dispositifs de médiation conçus par les étudiants, et par d’autres contributions au cours du temps.

Cette forme de DIY (faites-le vous même) suppose une mise à disposition de modes de fabrication et une documentation, conçue par les jeunes designers, sous une licence Creative Commons.
Au sein de cette documentation, une cartographie des Tiers-Lieux, permettra à quiconque voulant produire un dispositif matériel, de trouver dans son environnement proche un ou plusieurs fablabs disposant du savoir et des outils répondant à ses besoins.

Le FabNuage deviendra la réponse du musée des nuages à la privatisation du cloud (par la mise en commun d’objets numériques) et favorisera les usages digitaux en s’appuyant sur le réseau des fablabs et des Tiers-Lieux, participant ainsi à la réduction de la fracture numérique et à la promotion de l’économie sociale et solidaire dans son volet culturel.


PISTES THÉMATIQUES

Nous ne regardons pas tous le ciel de la même façon.

Interroger la notion de commun, de vie privée et de privatisation.

Le ciel, sillonné par des satellites de télécommunication est-il encore un commun ?

Le web est-il encore un commun au sens des évangélistes du web des années 1990, qui l’imaginaient comme un nouvel espace communautaire et gratuit ?

Quels liens de parenté entre outils de communication et outils de surveillance ?

Quelles relations les données dans le cloud établissent-elles avec les données analogiques de nos vies ?

Tout le monde connait le cloud, comme les nuages… mais les connait-on bien ?

Qu’est-ce que la fracture numérique ?

Comment définir la fracture de l’imaginaire du numérique ?


Ce projet s’inscrit dans le contexte du projet pluriannuel Paysage apprenant
avec la participation
financière de la région
Nouvelle-Aquitaine

Publié par Sylvain Soussan artiste conservateur, créateur du musée des nuages (https//museedesnuages.fr) 20/03/2022.