mardi 27, 7 h, 8°

Fenêtre largement ouverte sur les guetteurs matinaux des vaisseaux de nuit échoués.
Dans la chorale de l’aube, jabots lie de vin et favoris blancs, palombes sourdes, choucas, frais comme une fontaine, pies de serrures bicolores (plusieurs fois), nombreux moineaux éparpillés, friquet comme les blés…
Free-jazz de la haie, de rues en jardins, cacophonie savante et visionnaire, saxophone enrayé d’Albert AyIer, piano aveugle, éternuement envolés des caisses claires, guitares sauteuses comme un pois du Mexique (concert à Saint-Paul-de-Vence 1970).
Tourterelles cache-cœur et pinsons altos, valent mieux que de fervents théorèmes, schéma ou diagramme éteint d’un ciel dont on a oublié la voix.
La langue des oiseaux est certainement la traduction la plus inspirée de la voix des nuages, la cassette audible du chant galactique.
10 h. À noter : les toilettes de la cité administrative de Guéret à l’entrée/gauche du commissariat sont toujours ouvertes, le gardien de la loge d’entrée est fort sympathique.
Jardin séculaire de l’hôtel du département, un vénérable hêtre pourpre abrite une bruyante colonie de Choucas.
Fin d’après-midi, un enfant perd un cornet de frites sur le parking de la médiathèque, impitoyablement pourchassé par les corneilles d’un nid voisin. Becquées de parallélépipèdes pour oisillons gavés de nuages.
Le soir, lac de Courtille, rendez-vous avec les artistes Gaya, Nicolas, Jean et Sylvain.
Nous choisissons une berge plate, plein ouest, proche de plusieurs chênes pubescents.
Vent faible, carré/base rapidement en place, chacun (e) s’assoit au mieux, pluie fine, parfums de sève et de bois vert.
L’herbe du pré clôt ses antennes/pâquerettes.
Puissantes cheminées ascendantes et trouées nuageuses à moyenne altitude, projections concrètes de lumières sur le lac.

– Il leva les yeux, a vingt mètres au-dessus de lui à l’issue de son long vol plané, le Spitfire ronflait à nouveau dans le ciel. Il voyait clairement les trois couleurs de ses cocardes et l’éclat argenté des pièces métalliques de son gouvernail.
L’avion reprit instantanément de la hauteur au-dessus de la mer et en un moment ne fut plus qu’une silhouette gracieuse. Pas plus grande qu’une mouette qui grimpait vers le soleil grimpait dans le ciel vert et pourpre de cette surprenante journée printanière…
Christian Diestl rangea son Luger dans son étui.

Où sont les poissons ?
Premières feuilles de chêne.
Voix de chat, jaune/flûte du loriot.
Belles nuances de vert et douceur enveloppante des arbres.
Les feuilles sont les poissons du ciel.

Thomas Lanfranchi
Cube de nuages
, Guéret

un projet soutenu par le réseau ASTRE
arts plastiques & visuels en Nouvelle-Aquitaine