jeudi 29, 5 h 45, 2°

Pluie, mal dormi, lové comme un reptile, le corps comme un marécage.
Au réveil, suis raide et froid, pisse dru comme un saurien (petit).
Ferme intention de nuage.
Peut être ai-je trop pris de nuages en moi, trop de vaste et d’infini dans mon corps limité.
Quelles sympathies communes trouver entre l’organe et le gazeux, le fini et l’impalpable.
Phacélies ouvertes la nuit, sur la table de nuit de ma chambre.
Bleu ciel…
9 h. Jardin de l’hôtel de région. En feuilles depuis peu, le grand hêtre pourpre emplit l’espace entre le ciel et la rue.
Assis sur un banc près de lui, je m’avance pour le toucher.
Son tronc d’un gris aérien et lisse est plissé comme une peau de pachyderme. Le fût s’élève d’un bloc dans une ramure ajourée et accueillante.
Au levant de sa cime, plusieurs nids de choucas qui passent d’explosions joyeuses et sarabandes à de courts temps de grand calme ponctués d’un appel/écho sur les façades de granite.
Un pigeon blanc se pose.
Lui, habite le chien assis dépenaillé d’un toit en ardoise à droite du grand hêtre.
Déjeuner assis au soleil, riz, pommes reinettes, sardines à la tomate, en compagnie de Réo, camembert tellurique au lait cru de Normandie, que je partage avec une corneille du parking.
Va-et-vient incessant au nid.
Courte sieste de sky rouge à la Quincaillerie/tiers lieux.
Fini Le bal des maudits/The young lions. Sur la jaquette du livre, magnétique Marlon Brando en tenue d’officier de la Wehrmacht.
Le soir, près de Braconne carré/base réalisé au pied d’un érable qui s’avère être un liquidambar.
Ciel mélangé, rapide et serein en haute altitude.
Trois oiseaux de belle envergure filent entre les nuages.
Si le corbeau est le fils du ptérodactyle, la corneille sa cousine germaine et le pigeon blanc le page du château, les feuilles du grand hêtre sont du sang de choucas.

Thomas Lanfranchi
Cube de nuages
, Guéret

un projet soutenu par le réseau ASTRE
arts plastiques & visuels en Nouvelle-Aquitaine